OUVERTURE "DE FOLIE"

Ouverture de folie

 

 

Pyramide Aztèque

 

Par quoi dois-je commencer… Une Kena*… Un homme qui descend d’une pyramide aztèque et qui joue de la  Kéna… Le son se répand dans le silence mystérieux du soir… L’homme est rejoint par plusieurs autres… Une centaine au moins… Ils jouent tous de la Kéna. Presque à l’unisson… Le tempo est mystérieusement médium… Mais il ne s’établit pas définitivement… Il est comme suspendu…

 

Flûtes Kena*

 

A mesure que les hommes descendent les innombrables marches de la pyramide, ils sont rejoints par d’autres musiciens qui surgissent de nulle part… Certains sont à la Moceno**, d’autres à la Tarka***… Ils sont peut être 400 ou 500… Le son est monstrueux… Ils descendent jusqu’au bas de la pyramide.
Et là, d’autres musiciens surgissent comme par enchantement. Ce sont des percussionnistes et des joueurs de flûtes de Pan..

 

          

Flûte Tarka***                     Flûte Moceno**

 

Ils sont innombrables… innombrables…
Je crois en reconnaître certains parmi eux…
Et puis, d’autres hommes se joignent à eux… ils soufflent dans des coquillages géants… Ils soufflent et soufflent encore … L’atmosphère s’emplit d’un prodigieux mystère…

Ils sont maintenant peut être plus de mille. C’est absolument grandiose…
Ils marchent tous ensemble et vont rejoindre l’immense forêt ( encore !). Et à mesure qu’ils avancent, d’autres les rejoignent. C’est incroyable !

 

Soudain, avant d’atteindre la première ligne d’arbres, surgissent soudain de terre les fameux orchestres de Duke Ellington, Count Basie, Fletcher Anderson et Dizzy Gillespie.

Avec les musiciens de toutes les époques qui ont participé à cette grande aventure du XXè siècle… C’est absolument monstrueux.

 

On attaque « Manteca »… «  I’ll never come back to Georgia » »… Et là, ça devient vraiment phénoménal. Vous vous imaginez tous les cuivres, les pianos, avec la masse sonore des Kenas, tarkas et autres moceno. C’est dément… Oui, c’est dément !

« I’ll never come back to Georgia »… Là, à l’orée d’une forêt presque tropicale, ? Et en quelle année sommes-nous ? Mais finalement, qu’importe !

 

Tiens, voilà le légendaire orchestre de Chick Webb qui surgit de terre… C’est à peine si j’y crois. Celui-ci, Webb, le dos voûté comme à son habitude, se mêle à la bataille percussion. Avec Sonny Payne, Sam Woodyard, Rufus « Speedy Jones », Art Blakey, Max Roach et tous les autres : Tito Puente, Mongo Santamaria, Chano Pozzo… Quelle folie !! Non, mais quelle folie !!

« I’ll never come back to Georgia !»… Tu parles… C’est une obsession!

Non non, je ne retournerai jamais en Georgie, du moins à l’époque de l’apartheid… des W .C pour les Blancs, des W.C pour les Noirs… Et les Indiens alors…Ah ! oui, on les avait oublié ceux-là !Mais là, ils sont là, et bien là. C’est le moins qu’on puisse dire… Incas, Aztèques, Iroquois, Sioux, Cheyennes, mélangés à des mecs de New York City, de Kansas City, de Chicago, de la West Coast, et de la Nouvelle Orléans, de cuba, du Brésil, et de tous les pays d’Amérique du Sud… C’est complètement dément, mais « ça sonne de la folie ». Il y a des types aux claves qui martèlent le rythme syncopé, et tous les instruments de percussion se marient parfaitement.
Art Blakey ou Stan Kenton auraient appelé ça une « orgie en rythme ».

Et ça continue, et ça continue encore…
Tac…tac…tac…tac.tac :ll

Et là-dessus, on brode. Cela ne va jamais finir.
Et puis, au moment où on s’y attend le moins, on attaque le pont.

Mais il n’est pas « pris »  comme à l’accoutumée par les cuivres. Non. Il y a un orchestre symphonique maintenant. Ou plutôt deux ou trois réunis.

Non mais vous vous rendez compte, le pont de Manteca avec tous ces musiciens plus trois orchestres symphoniques…

Bon, le pont est négocié et dûment terminé. Retour à la case départ et au fait que l’on ne retournera plus jamais en Georgie. Ca y est, la fixation reprend. Et le rythme aussi… Ca « fixe » un max… Et là, on reste sur la ligne de basse et un accord. Pendant au moins deux siècles…

 

Il y a un type déguisé en prêtre japonais samouraï qui avance avec un chapeau de fou en paille et qui tient un Shakuhachi géant… Il commence à souffler dans le tube… Et là, c’est le Son. Oui, le Son.

Sur la ligne de basse obsessionnelle… ET les percus qui tabassent «  à fond la caisse ». Le prêtre japonais et son Shakuhachi géant… C’est un truc de fous !

 

Et puis, soudain, au détour d’une figure rythmique, au moment où on croyait que cela n’allait plus finir, il y a un énorme roulement sur la caisse claire de la part d’Art Blakey et un stop chorus pachydermique : 50 ou 100 batteurs de légende qui tapent le stop chorus d’un coup sur la caisse claire : un stop chorus de « baleine »vous dis-je !

 

Et là, qu’est-ce qu’on a : le chœur des enfants dans Carmen de Bizet, en costumes d’époque ! Vous ne me croyez pas… Je vous l’assure ! Oui, le chœur des enfants ! Avec tous les figurants autour. Et tout et tout ! IL y a même Grâce  Bumbry qui déambule sur la scène surgie de nulle part et qui roule des yeux de biche avec  ses cils géants…

Mais je vous l’assure ! Vous pouvez me croire !

 

-        Bon, mais après cet épisode de Carmen, ça s’est arrêté là ?

-        Pas du tout, cela a continué. Et de plus belle encore.

-        …Et toujours au même endroit, dans le même décor ?

-        Ecoutez, ce n’est pas très important je crois…

-        Ah, je ne suis pas du tout d’accord avec vous… La Musique génère des images, des atmosphères, des « mondes », vous le dites vous-même et…

-        Oui, vous avez raison, mais ici, il est plutôt question de décrire des instruments de différents pays et de compositeurs et musiciens dans une atmosphère démente et…

-         Ah, vous voyez, vous en parlez vous-même : « une atmosphère démente »…

-        Oui, bien… disons que cela se passe maintenant sur le Continent Oublié…

-        Le Continent Oublié… Vous voulez dire…

-        Oui, c’est absolument ce que je veux dire, nous nous sommes très bien compris… Alors, puis-je continuer mon récit à présent ?

-        Je vous en prie, faites…

-        Bien, je reprends… Après le passage de « Carmen » de Bizet, l’atmosphère se calma un peu… si on peut dire. Ce fut au tour d’Alice Coltrane, à la harpe, d’exposer un thème « ruisselant » comme une rivière. Elle fut « rejointe » au bout de quelques temps par James Moody, à la flûte traversière, puis par son mari John Coltrane, toujours à la flûte. A deux, ils exposaient des tableaux « bucoliques » et successifs, imprégnant à la « chose » une touche à la fois « impressionniste et impressionnante ». Oui, nous étions sur le Continent Oublié à présent. Au plus profond de son cœur ou de son chœur… ou de  sa nef… L’exposé mélodique déboucha sur une exposition d’Afro Blue, toujours par Moody et Trane, auxquels vinrent s’ajouter Eric Dolphy sur le même instrument et toujours Alice et ses rivières de notes… Et, derrière, comme un fabuleux « tapis harmonique », tous les instruments, orchestres et voix précédemment cités…

-        Extraordinaire…

-        Je ne vous le fais pas dire…  Et ( toujours), dans ce développement du thème d’Afro Blue, vinrent se « greffer » des Dizis, ces flûtes traversières chinoises. Il devait y en avoir un peu plus de mille…

-        De quoi, des flûtes traversières chinoises « dizi » ?

-        Oui, absolument…Et leurs sons se marièrent à ceux des Shakuhachis qui s’étaient rassemblés en bon nombre et les flûtes de Moody, Trane et Dolphy furent « rejointes » par celles de Sahib Shihab et Yussef Lateef.
Puis, au bout d’un moment et beauté musicale et « magique », c’est Léon Thomas qui entra en scène : « Dream of a land, my soul is from… »

-        Dream of a land… Léon Thomas…

-        Oui, vous voyez ce que je veux dire…

-        Oh ! oui ! Je vois absolument ! Et il me semble même entendre à présent… entendre et voir… oui … entendre et voir… C’est incroyablement beau… vraiment… C’est Universellement beau… Entendre et voir… Trane, Moody, Dolphy, Lateef, Shihab… ET n’est-ce pas Dave Valentin qui se joint à eux là-bas…

-        Oui, c’est lui. Et regardez : Eric Dixon, Franck Wess, et d’autres que je ne reconnais pas : ils sont trop loin ou ma mémoire flanche… En tout cas, je vous assure que là je reconnais Pepper Adams… Je le reconnais à l’oreille et à la « vue », je le reconnais « doublement ».

-        Oui,  en effet, moi aussi… Pepper Adams… et son « saxophone-baryton – sécateur géant »…

-        Oh ! Là, regardez, une Licorne ! qu’elle est belle !

-        Oui, vous avez raison… Elle est « majestueusement belle »… quelle grâce !

-        Et là, un berger Briard …

-        Un berger briard ? Vous voulez dire le chien Berger Briard ?

-        Oui, le chien, pas un homme conduisant des moutons et habitant la « Brie »…

-        Mais que vient « faire » un berger briard dans cette histoire ?

-        Je ne sais pas, mais en tout cas je l’ai vu passer avec la Licorne

-        Et, était-il noir, fauve ou gris…

-        Je ne sais pas… de prime abord, je crois qu’il était noir… Mais je n’en suis pas sûr… J’avais les rayons de ce Soleil rouge dans les yeux.

-        Oui, je vous comprends : il n’est pas commode de distinguer toutes les couleurs avec ce soleil énorme et bizarre…

-        IL était fauve, peut être bien après tout… En tout cas, ce dont je suis sûr, c’est qu’il n’était pas gris…

-        Ah ! Bon… Un berger Briard… un berger briard … Avouez qu’il n’est pas courant de voir ces bergers briards sur le Continent Oublié, le Continent Oublié.

-        Non, c’est le moins qu’on puisse dire… mais je vous assure que c’en était un.

-        Je ne mets pas votre parole en doute rassurez-vous !

-        Je vous en remercie.

-        Mais cela est la moindre des choses…

 

 

 *Kena: Flûte andine à encoche

**Moceno: Flûte traversiere originaire de Bolivie

 ***Tarka: Flûte Inca-Aztèque

(A propos de ces flûtes desquelles je joue depuis quelques temps, voir la  Rubrique 'Ma musique aujourd'hui' et 'Ma musique aujourd'hui suite', catégorie : PRESENTATION)

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