LE PIANO EST SILENCE

Le Piano est silence…


 

Le clavier est silence…
La Musique ne vient pas.
Il y a bien quelques gammes,
Quelques modes jetés sur ma tristesse.
Mais le clavier est silence…
Silence de l’Inspiration.
J’ai beau l’appeler,
Elle ne vient pas.
Le clavier est silence…
Du fond de ma mémoire,
Je remonte le temps
Comme une mécanique molle
En mal de désorientation.
Mais elle ne vient pas,
L’Inspiration.

Le clavier est silence…
Aucune flûte ne joue au loin.
Ou alors, je ne l’entends pas.
Le clavier fait silence…
je continue à articuler,
Mes doigts parcourent le Voyage
Technique de la désespérance.
Mais le clavier fait toujours silence…
J’essaie de me remémorer
Les paysages aperçus
Dans mes odyssées lointaines,
Pour essayer de m’accrocher
A un souvenir
De Beauté extrême,
Mais rien ne vient,

Le clavier fait silence…
Le clavier est silence…
Le crachin dehors est à son comble.
Par delà la fenêtre
Il me jette son mépris.
Car l’Inspiration n’est pas là,
Et le spleen dont parlait Baudelaire
Pénètre en moi comme une pluie glacée.
Le piano fait silence…
Pourquoi ?
Pourquoi ne vient-elle pas.
J’écoute le temps s’égrener
Comme une ombre sournoise,
Qui brandit une lame
Comme pour mieux me détruire…
L’ombre grandit
Et grandit encore,
Comme pour étouffer
En moi
L’inspiration de vie
Qui ne vient pas…
Où êtes-vous mes muses. ?
Le rêve s’achève-t-il donc ici ?
L’ombre grandit encore,
Elle envahit la pièce,
Le piano craque et roule
Son désespoir atroce…
Il a peur lui aussi.
ET maintenant, il gémit.
Le piano est gémissement-silence…
Et l’ombre grandit encore.
Au fin fonds de mon âme,
Dans un recoin que je ne soupçonnais
Même pas,
Je trouve enfin une note,
Qui s’envole dans l’air noir
De la pièce…
Et puis deux,
Et puis trois…
Une mélodie prend corps
Comme une statue antique.
Elle s’anime et s’avance,
Grignotant l’ombre immense…
Trois notes deviennent quatre,
Puis cinq, puis mille.
Mais leur nombre importe peu,
C’est leurs architectures
Qui me sauvent de l’Ennui,
Et de l’ombre.
Ces notes m’envahissent
Comme un torrent torride.
Elles jaillissent de mes mains
Comme des bouquets de flammes
Qui m’attisent et me grisent
Comme un vrai musicien.
Aurais-je donc gagné
La partie sur l’ombre ?
Celle-ci commence à disparaître
Comme grignotée de l’intérieur.
Les notes sont pour elles
Des virus inédits,
Des mutants invaincus
Qui la brisent et la nient,
L’ombre…
Elle est vaincue.

Le piano ne gémit plus,
Il chante à présent.
Il chante comme le vent dehors,
Qui me délivre de cette laie absurde…
Mes yeux se parent de mille feux
Qu’à jamais je croyais éteints…
Maintenant,
Je ne fais plus qu’Un avec l’Instrument qui chante,
Et alors,
C’est là qu’elle paraît,
Ganshâ, la Fabuleuse…

 

Patrice Gelsi

Tous droits réservés, SACEM 2005

 

 

 

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