PERCUSSIONS AFRO-CUBAINES

ELEMENTS DE PERCUSSIONS

AFRO-CUBAINES

 

Paquito D'Riviera : ' Le sens du rythme, tous ces rythmes différents, c'est la plus importante contribution des Latino-Américains au jazz. Si vous voulez avoir une approche rythmique dans votre façon de jouer, vous devez connaître la percussion.'

 

C'est grâce à CHANO POZO que les musiciens et le public comprendront vraiment l'importance des percussions afro-cubaines qui dès les années 50 envahissent la musique populaire occidentale - bongos, maracas et claves iront même jusqu'à pénétrer la musique symphonique russe après la révolution cubaine! Cela mérite donc que nous nous arrêtions quelques instants sur les instruments qui constituent l'armature de la section rythmique du Latin Jazz.

 

Chano Pozo

A Cuba, au temps des colonies, beaucoup d'instruments furent recréés par les esclaves en provenance d'Afrique, par exemple les tambours, les maracas, la marimba, tandis que d'autres furent importés d'Espagne, comme le piano, la guitare ou encore la contrebasse. De ces instruments recréés par les esclaves peu ont survécu, d'autres ont été transformés et de nouveaux furent inventés. et puis un jour, comme pied de nez ironique, Cuba a commencé à exporter vers les Etats Unis et l'Europe les instruments que les anciens esclaves avaient fabriqués : clave, bongo, conga, cajon, timbales, guïro, crécelle. Mais alors que les percussions afro-cubaines commencent à pénétrer d'autres musiques, la section rythmique de la musique populaire cubaine évolue  et 's'américanise' avec l'introduction  de la batterie. En 1964 le percussionniste cubain Blas Egües adapta la batterie aux rythmes cubains avec une approche particulière qui ressemblait à celles des joueurs de congas et de timbales. Quelques années plus tôt, aux Etats Unis, des batteurs comme Willie Rodriguez, Jimmy La Vaca Santiago adaptèrent leur instrument aux rythmes afro-latins.

Clave et tumbao

Comme nous l'avons déjà souligné, la clave est une cellule fondamentale qui guide tous les instruments rythmiques, la mélodie, les refrains, les arrangements de cuivres et les pauses. Sa maîtrise est indispensable si bien que le pianiste Eddie Palmieri la compare au sol sur lequel nous marchons. 'C'est un besoin naturel qui est là en permanence, comme la terre qui est naturellement sous nos pieds. Pour vivre nous avons besoin de l'air que nous respirons et du sol sur lequel nous marchons. La clave vient naturellement au sein de toute composition, comme le sol sous nos pieds. Les musiciens qui en comprennent l'importance peuvent faire des merveilles avec elles.' Une opinion  que corrobore le contrebassiste Cachaito, neveu du grand Cachao et actuel contrebassiste du Buena Vista Social Club, le projet musical attribué au guitariste Ry Cooper pour faire sortir de l'oubli plusieurs grands-pères de la musique populaire cubaine. ' celui qui vit sans clave est perdu. Tout musicien qui joue de la musique cubaine doit avoir la clave qui bat en lui, comme son propre coeur qui bat dans sa poitrine.'

 

Gato Barbieri : saxophoniste ténor qui a joué avec beaucoup de percussionnistes afro-cubains.

En d'autres mots, toute la musique cubaine authentique s'inscrit dans le cadre tracé par le rythme de la clave; elle constitue par conséquent la base du jazz afro-cubain. C'est à partir de la clave que se construisent les différents tumbaos, ces cellules rythmiques originales constituant la pierre angulaire des syncopes et qui confèrent aux musiques cubaines et au jazz afro-cubain leur côté attrayant, attachant, universel. Depuis vingt cinq ans, Enrique Pla, le batteur d'Irakere, l'explique à tous ses élèves européens qui viennent le visiter à La Havane : 'Le tumbao naît toujours de l'inspiration des contrebassistes qui font alors immédiatement part de leurs idées au contrebassiste ou au pianiste. Non seulement la clave constitue la base du jeu des congas, des güiros  et des timbales, mais c'est d'elle que provient le tumbao du piano et celui de la contrebasse. L'union de la clave avec le tmbao crée un rythme soit binaire soit ternaire. Les tumbaos se sont enrichis au fil des générations, parfois sur le plan des notes, parfois sur celui de la syncope. Ils sont déterminants pour le développement de la technique du piano.'

Il n'est donc pas étonnant que deux des musiciens cubains les plus importants de ces cinquante dernières années, Chucho Valdès et Cachao, soient respectivement pianiste et contrebassiste. il faut néanmoins souligner que Mario Bauza qui a écrit plus de 500 lignes de basse, plus de 500 tumbaos avec l'aide du pianiste René Hernandez pour l'orchestre de Machito, n'était pas contrebassiste mais trompettiste.

 

Bongo

Le bongo est un instrument formé de deux petits tambours siamois que le musicien, généralement assis, doit caler fermement entre ses genoux pour pouvoir jouer. Originaire de La Havane au début des années 1910 et aux Etats Unis quelques années plus tard avec les premiers orchestres cubains de son venus enregistrer à new York. Limité d'abord à ces orchestres, il pénétre peu à peu d'autres musiques cmme le jazz, le mambo et le rock. En raison de la popularité croissante de la conga dont le son est plus fort, plus 'viril', et des timbales l'usage du bongo est en recul.

Carlos Santana : il a souvent joué avec des percussionnistes afro-cubains

Sur le plan technique et créatif, Armando Peraza est le musicien le plus important dans la courte histoire de cet instrument. Peu de musiciens peuvent rivaliser avec la qualité de son toucher, avec son talent pour improviser à partir d'une simple ligne harmonique et mélodique. Seuls le portoricain José Luis Mangual de l'orchestre de Machito, et les cubains Clemente Chicho Piquero - qui accompagna Perez Prado et Benny Moré - et Rogelio Yeyito Iglesias qui joua Israel Cachao Lopez et Bebo Valdès ont fait preuve d'une imagination créatrice quasi similaire. Armando Peraza est né à La Havane en 1924 ou en 1914 - il n'existe aucun document officiel précisant sa date de naissance...

 

Timbales

Instrument fondamental du Latin jazz, descendant du tympanon symphonique, les timbales cubaines (appelées pailas à Cba) font leur début dans les années 10 dans les orchestres militaires où l'instrument se compose alors de deux petits tambours supportés par une armature en bois. Elles entrent ensuite dans les orchestres de danzon aec lesquels elles font leurs premiers voyages en dehors de l'île. Dès les années 50 grâce à l'orchestre Riverside et au pianiste Bebo Valdès, les timbales apparaissent dans le conjunto et les orchestres de jazz.  On les trouve aujourd'hui dans le Latin Jazz, le rock et la pop music.

Six grands timbaleros ont marqué les cinquante premières années de l'histoire de l'instrument : Antonio Manengue Orta, Ulpiano Diaz, Acerina, Pascual  Hernandez, Silvio Garcia et Daniel Diaz. Abakua comme Chano Pozo, Manengue révolutionna l'instrument en lui incorporant en 1912 le fameux cencerro - la clarine ( la cloche) que l'on place d'ordinaire au cou des vaches- Acerina ( Consejo Valiente Robert ) popularisa l'instrument ainsi que le danzon au Mexique à partir de 1924. il est considéré comme l'artisan de la fusion entre les danzones cubain, yucatèque et véracruzien. Si ces musiciens étaient confinés à la musique cubaine, il en va différemment pour les timbaleros contemporains comme Guillermo Barreto, Walfredo de Los Reyes Sr, Tito Puente et Amadito Valdès.

 

Tito Puente

 Barreto influença la plupart des timbaleros dont Tito Puente qui lui rendit régulièrement visite à La Havane avant la révolution castriste. Quant à Amadito Valdès que Quincy Jones considère comme l'un des timbaleros les plus accomplis, il a enregistré en 1999 avec un trio de rap mexicain, Contact Machete, un danzon-rap 'pour montrer que la musique cubaine est une musique perméable qui peut se laisser influencer par d'autres courants sans devoir adultérer son propre style.'

 

Conga

En 1936, la conga est l'instrument des rumbas des rues et des comparsas mais, cette année-là, pour la première fois elle pénétre dans un groupe du son, le Sexteto Afro-cubano, fondé et dirigé à La Havane par Santos Ramirez.

'Patato' Valdès: monstrueux bongoiste

 

Quatre années plus tard, en 1940, le joueur de tres Arsenio Rodriguez transforme le son en ajoutant au traditionnel septette une conga, des trompettes et un piano. Ce nouveau concept d'orchestration baptisé conjunto privilégie les riffs de trompettes et se présente donc comme une alternative aux grands orchestres qui insistent plutôt sur la section de trombones et de saxophones...

  

Ray Barreto

 

 

 

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