LA MUSIQUE CUBAINE : INTRODUCTION

LA MUSIQUE CUBAINE

INTRODUCTION

Tito Puente

Introduction I

              Une musique qui continue à être authentique, voilà ce qu'est la Musique cubaine.

                A côté de maints moments de jazz recopiés ou, devrais-je dire photocopiés au milliardième exemplaire et défiant l'adage de Sartre ( 'Le jazz c'est comme les bananes, ça se consomme sur place') par des musiciens européens tout de blanc vêtus à l'extérieur comme à l'intérieur notamment par exemple par le légendaire Paulin Lipiault de toute sa blancheur vêtu, ayant oublié la négritude de l'âme de cette musique dite de jazz ( faisant toutefois, il est vrai, des efforts pour sortir des sentiers battus - serait-il un véritable compositeur?), nous avons les extraordinaires musiciens de musique cubaine, de toutes sortes de couleurs de peau, nous donnant une leçon d'authenticité et de fraicheur.

 

            Malgré le fait que je joue surtout en piano solo - sauvage que je suis devenu -, et aussi parce que le piano est un instrument-orchestre qui, à mon sens, n'a pas été développé à fond dans les musiques du XXè siècle ( reconnaissant aussi qu'il vaut mieux être seul que mal accompagné ...), je vous avoue que je me sens transcendé par ce beat insufflé par l'immense Tito Puente, le 'puissant barbu' Poncho Sanchez, le regretté Mongo Santamaria...  et il nous arrive très fréquemment, mon fils Kévin et moi-même, de dialoguer avec piano congas et flûtes en tous genres, épaulés que nous sommes maintenant par ma petite fille Pernelle ( 8 ans ).

 Poncho Sanchez : un percussionniste monstrueux, plus jeune que les 'pionniers' mais qui a su garder une puissante tradition, capable de jouer toutes sortes de musique , jazz, swing, bebop, jazz coltrainien, rhythm&blues, rock... etc. et mettre à la 'couleur' et à la 'sauce' ( salsa traduction espagnole) cubaine, entouré de musiciens monstrueux tels que : David Torres, pianiste et directeur musical, Art Velasco, trombone et chant, les frères Banda ( Tony et Ramon) à la basse, timbales et percussions, José 'Papo'Rodriguez, bongos percussions, et Gene Burkert au saxophones alto et ténor, ainsi que Freddie Hubbard trompette. Et je vous conseille vivement le disque 'CAMBIOS' 1991 Concord Picant. Ces gens sont capables de jouer avec énormément de feeling et d'authenticité, de style, des ballades ellingtoniennes omme In a sentimental mood, des morceaux de Bird comme Cool Blues. That's the music I love! It's very 'caliente'!!! D'ailleurs Pernelle et Kévin Gelsi sont des inconditionnels 'entre autres' de cette musique et ils ont déjà un beat afro-cubain très sûr. Ils ont déjà participé à des sessions de jams avec certains de ces musiciens et nous prévoyons pour bientôt un petit voyage, histoire d'assurer leurs mains sur les multiples congas qu'ils affectionnent particulièrement. En plus, Pernelle Gelsi ( 8 ans ), danse comme 'une folle' sur ces rythmes endiablés pendant que son frère et moi 'tabassons' l'obsessionnelle rythmique qui, sur une conga, qui, sur le clavier.

Dernière minute : Pernelle vient de me dire : ' je préfère jouer du piano, de la flûte traversière et des congas plutôt que de danser'... Elle rajoute : 'C'est normal, on est tombé dans la marmite de musique quand on était petit ( Kévin et moi)'

 

C'est donc dans ces 2 vecteurs que jaillit ma musique à présent (si tant est qu'elle jaillisse ): le discours pianistique proprement dit et les beats afro-américano-hindo-mondialo-cubains - ceci je le développerai plus tard-, nous nous devons ici d'être plus scolaire historiquement, je vais donc entreprendre la tâche ardue de vous parler de cette musique qui est plus communément appelée par les musicologues:  latin-jazz.

 

Mongo Santamaria

 

Introduction II

Le jazz est une musique de mélanges aux origines latines et caribéennes. Si le rythmes latins d'origine africaine ont toujours fait partie du jazz, ce n'est que dans les années 40, avec le concours de musiciens cubains résidant à New York, que l'industrie du spectacle et le public en général reconnaîtront officiellement cet aspect latin dont l'évolution a donné naissance à ce que l'on nomme aujourd'hui LATIN JAZZ.

Avant de porter ce nom maintenant sur toutes les lèvres, cette misique fut connue comme jazz créole, rumba, jazz afro-cubain, cubop, mambo. Au fil des années, après la fusion essentielle des harmonies du jazz avec les rythmes afro-cubains qui s'est opérée simultanément à New York et à La Havane, elle s'est ouverte à d'autres rythmes afro-latins comme le joropo vénézuélien, la bomba portoricaine, le merengué dominicain, le festejo péruvien, et même au mouvement de la salsa. Près de cinquante ans après son apparition, le terme latin jazz, que certains musiciens remplacent par Jazz Afro-latin, désigne désormais un genre musical - je jazz- associé aux rythmes d'un ensemble de musiques populaires d'Amérique latine qui,par la chaleur de leurs langages, tendent à unifier les cultures du monde.

Le Latin jazz plonge ses racines dans les musiques afro-antillaises d'expressions française et espagnole. A son origine, deux cellules rythmiques : le cinquillo ( ou cinqueno: terme pour désigner un animal ou un être humain ayant 6 doigts au lieu de 5 . Musicalement, si une mesure de 3 notes en contient 4, c'est un cinquillo, de même pour les mesures de 4 ou 6 notes qui en contiennent une supplémentaire. Le cinquillo correspond généralement à une figure de 5 notes séparées par 7 silences, ce qui donne un total de 12 pulsations rythmiques) et la clave ( phrase rythmique inhérente à la musique afro-caribéenne. La clave cubaine se compose de 5 notes divisées en 2 mesures, par opposition au cinquillo disposé en une seule mesure. Il y a 2 manières de la jouer : 2-3 et 3-2. La clave est aussi le nom d'un instrument composé de 2 bâtonnets cylindriques de bois très dur, comme l'acana qui, frappés l'un contre l'autre, produisent cette cellule rythmique). Et avec eux la mémoire de plusieurs peuples, de deux univers culturels , l'européen et l'africain, qui se sont rencontrés en un endroit précis : les îles Caraïbes.
Alors que les cinsuillos sont à l'origine des cellules rythmiques créées volontairement par les compositeurs de la contredanse française, le genre musical le plus populaire dans la Caraïbe française coloniale du XVIIIè siècle, la clave est un esprit inhérent à la musique qui émane de la superposition de plusieurs rythmes. Comme pour le cinquillo, véritable empreinte digitale de la musique afro-caribéenne, il existe plusieurs formes de clave, la plus connue étant la clave cubainre.

 Quelques Percussions afro-cubaines : congas, bongo, timbales, guiro, cloche

Facteur d'identité culturelle, la clave cubaine, comme phrase rythmique débarque à La Nouvelle Orléans au XIXè siècle lorsque des musiciens locaux, de retour de Cuba, et des musiciens cubains de passage en Louisiane se mirent à interpréter des danzas habaneras en vogue à  l'époque. Elle se glisse ensuite  dans le blues et le jazz. On la trouve sous différentes formes dans certaines compositions de Louis Armstrong, de Jelly Roll Morton et de W.C. Handy, compositions qui soulignent l'influence fondamentale de la Caraïbe hispanophone sur la scène musicale de la Nouvelle Orléans. Dans une phrase éloquante, Jelly Roll Morton évoque le terme salsa ( sauce) cinquante ans avant sa première utilisation : 'En fait, si vous n'êtes pas capable d'insérer des parfums espagnols dans vos compositions de jazz, vous ne parviendrez jamais à obtenir ce que j'appelle le parfait assaisonnement.''

 

Comme tout art, le Latin jazz ne peut être réduit à un équation. Il s'agit bel et bien d'un mouvement musical en constante évolution. A l'origine le jazz deviendra latin jazz dès l'instant où des musiciens effectueront la fusion de mélodies, de structures harmoniques du jazz et d'improvisation avec des rythmes afro-cubains produits par une section rythmique jouant en clave. La section rythmique latine traditionnelle se compose d'un piano dont l'approche est souvent percussive, de percussions afro-cubaines ( timbales, congas, bongo), et d'une contrebasse qui produit une syncope appelée tumbao. Le pianiste portoricain Eddie Palmieri, l'un des précurseurs de la salsa, ira jusqu'à affirmer : 'sans la section complète de percussions afro-cubaines, il n'y a pas de latin jazz mais seulement un jazz avec un accompagnement latin.' Une position quelque peu excessive qui ne semble pas vouloir tenir compte de l'évolution de cette musique car beaucoup de musiciens latino-américains ont remplacé au fil des années certaines percussions afro-cubaines par des percussions témoignant de leurs propres traditions musicales.

La véritable explosion du Latin jazz se produit au début des années 40 lorsqu'à New York le trompettiste cubain Mario Bauza compose 'Tanga' tandis qu'à La Havane, lors de jam sessions impromptues, des musiciens de jazz improvisent sur des rythmes cubains. En 1946, sous les recommandations de Bauza, un autre trompettiste , américain cette fois, Dizzy Gillespie, invite dans son orchestre le percussionniste cubain Chano Pozo. Ensemble, ils popularisent la composition Manteca qui est devenue depuis l'hymne du Latin Jazz. Simultanément, dans l'ombre de ces deux vagues créatrices en arrive une troisième, celle entrainée par l'un des plus formidables compositeurs et arrangeurs cubains du XXè siècle Arturo Chico O'Farril, le véritable créateur du genre connu sous le nom de cubop.

 

Arturo Chico O'Farrill

A la fin des années 50, après la folie du mambo et du cha cha cha, et à mesure que le Latin jazz évolue du grand orchestre vers de petites formations, une autre influence, cette fois en provenance du Brésil, s'insinue dans la musique populaire américaine, la bossa nova, une musique issue d'une fusion de samba, de jazz et  d'impressionnisme musical français. A la même époque, de nouveaux horizons s'ouvrent. Les rythmes afro-cubains pénétrent dans le rhythm & blues, le jazz s'habille de mélodies folkloriques latino-américaines, des musiciens mexicains enregistrent un 'jazz-tropical' et le rock découvre les percussions afro-cubaines. Comme s'ils répondaient à l'appel de vases communicants, de nombreux musiciens européens et japonais convertis aux rythmes latins se font les nouveaux ambassadeurs d'une culture qui penètre un plus chaque jour un monde en quête d'épices, de soleil et de danse.
Lentement, les musiciens de jazz élargissent leurs horizons et incorporent dans leurs compositions des éléments des musiques populaires d'Amérique latine et des Caraïbes tandis que des musiciens de ces régions insèrent phrases et harmonies de jazz dans leurs propres musiques. dès lors, aux cellules rythmiques de la clave cubaine présentes dans le jazz, viennent s'ajouter les parfums rythmiques d'autres régions come ceux de la République dominicaine, de Porto Rico, du Venezuela, de la Colombie ou du Pérou. L'évolution du Latin jazz va de pair avec le développement des échanges culturels entre les peuples de la Caraïbe et d'Amérique latine et ceux du reste du monde. Des échanges basés sur l'expression libre de plusieurs racines culturelles, sur l'orgueil d'appartenir aux différentes communautés dont sont issus les musiciens. Cette interpénétration musicale a par ailleurs le mérite de mttre en évidence le caractère musical universel du jazz, une qualité que plus personne ne nie aujourd'hui.

 

Eddie Palmieri

Nous insistons également sur l'importance de la culture hispano-américaine : le Brésil a connu un passé colonial et une évolution musicale différents. Certains considèrent que le Latin jaz a une aile brésilienne, ne serait-ce pas plutôt un corps déployé à part entière? Le Brésil est en lui-même un continent culturel  complexe et la variété de ses musiques populaires mélangées avec le jazz devrait faire l'objet d'une étude séparée.

 

 

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