LA BOSSA NOVA

La Bossa nova


On a dit que la première fusion entre le Jazz et la musique brésilienne s’était faite avec Stan Getz et Jobim-Gilberto dans le fameux disque des années soixante.

Stan Getz

 

Astrud Gilberto

 

Joao Gilberto

 

On va voir ici, par le récit de Quincy Jones ( véritable mine d’or), qu’elle s’était réalisée avec Dizzy Gillespie et Jobim-Gilberto-Moraes un peu plus tôt.
On apprendra comment s’est faite la rencontre entre ' Diz ' et le pianiste et compositeur argentin Lalo Schifrin ( auteur de maints thèmes très connus de feuilletons télé américains) et du joueur de bandonéon Astor Piazzola.

 

Astor Piazzola ( ici avec Nadia Boulanger)
Dans ce récit, dans la dernière partie, nous lirons un témoignage émouvant sur la bonté et le ' caractère humain ' de Dizzy Gillespie. Super non ?

Quincy jones, dans son livre ' Quincy ' :

[…] A Buènos Aires, après un concert, je suis allé un soir avec Dizzy dans un club de jazz où on a entendu un jeune pianiste excellent avec une petite formation. Il s’appelait Lalo Schifrin et il nous a présenté le joueur de bandonéon Astor Piazzola, compositeur visionnaire et inventeur du tango moderne, qui devait par la suite enregistrer avec Dizzy. Lalo nous a aussi parlé du récent mouvement bossa nova au Brésil, notre prochaine étape.

Un après midi, à l’hôtel Gloria, sur la plage Copacabana à Rio, Dizzy a fait un bœuf avec le petit groupe régulier de samba. Cet après midi-là se trouvaient dans le public Joao et Astrud Gilberto, encore adolescents, et Antonio Carlos Jobim, les créateurs de la bossa nova. Quand la rythmique brésilienne a attaqué sur un rythme de samba, Dizzy y a intégré sa trompette be-bop. Pour la première fois, on a été témoins de la fusion jazz-samba. En fait, la mélodie de Jobim, Desafinado, sonne exactement comme un solo de Dizzy, qui a joué un rôle clé dans le cocktail jazz-samba en le marquant de sa patte. Huit mois plus tard, tous les grands musiciens brésiliens ont été invités à donner un concert à minuit au Carnegie Hall : Sergi Mendès, Luis Bonfa, Vinicius de Moraes, le poète-lauréat du Brésil, Jobim et des dizaines d’autres. Mais l’éveil général à cette musique ne s’est produit qu’après la sortie et l’énorme succès de Desafinado de Stan Getz et Charlie Byrd, disque novateur dont la face B, ironiquement, était le thème de Médical Center, composé et arrangé par Lalo Schifrin. La presse a omis de mentionner que Dizzy, plus que tout autre musicien américain, avait eu une influence majeure sur le son jazz-samba, comme déjà dans les années 1940 pour la musique afro-cubaine.

 

Dizzy Gillespie

J’adorais Dizzy depuis mes douze ans pour son style, sa sensibilité, sa technique et sa sonorité. Il avait un air de farfadet avec ses épaisses lunettes, ses joues et son cou qui enflaient comme la tête d’un crapaud quand il jouait, sa trompette coudée, ses bretelles et ses couvre-chefs délirants. C’était un des personnages les plus drôles et les plus généreux que j’aie connus. Après notre dernière date en Amérique du Sud, on est rentrés au pays dans un avion à hélices qui s’est retrouvé au cœur de l’ouragan Connie. Une des hôtesses se tenait à côté de moi avec un plateau d’oranges quand l’appareil a soudain chuté de dix mille pieds dans un vrombissement inquiétant, échappant au contrôle du pilote, et le plateau est tombé sur ma tête. Les oranges, les valises, les vestes, les sacs volaient dans tous les sens. La pauvre hôtesse s’accrochait désespérément à mon siège, les doigts livides, oubliant tout de son entraînement ' restons zen '. Paralysés, on priait en silence, les dents serrées, anticipant l’impact final. Et, dans le silence, quelqu’un a hurlé : '  Bordel de Dieu ! ' Dizzy a crié : ' va pas jurer à u moment pareil, connard ! Tu veux nous foutre dans la merde ou quoi ? ' Quand le pilote a repris le contrôle, Dizzy s’est aperçu de ce qu’il avait dit, et un silence total s’est installé jusqu’à l’atterrissage des heures plus tard en République dominicaine.

A notre retour d’Amérique du Sud, j’ai signé un contrat d’artiste avec Mercury Records et je me suis retrouvé avec un tas d’arrangements à écrire, ce qui m’a obligé à quitter l’orchestre de Dizzy, à mon grand regret, car j’adorais ce groupe. Dizzy a envoyé un mandat à Lee Morgan, talentueux jeune trompettiste de Philadelphie, pour qu’il vienne prendre ma place à New York. Je rêvais de pouvoir garder la trompette coudée que Dizzy avait fait faire pour chacun des trompettistes de l’orchestre sur le modèle de la sienne, mais il m’a dit : ' Pas question, il me la faut pour Lee '. J’ai cru qu’il m’en voulait de quitter son orchestre. On en est resté là.
Peu après, un coup de sonnette a retenti dans mon appartement de la 92è Rue. Je suis allé ouvrir, mais il n’y avait personne. Par terre, un petit fourre-tout en tissu écossais que j’ai ramassé et ouvert. Il contenait la trompette Martin d’origine en deux morceaux séparés avec ' Diz ' gravé sur le pavillon tourné vers le ciel et un petit mot  qui disait : ' Q une lichette sur le cou, amitiés, Birks '- une de nos plaisanteries favorites pendant la tournée, où on croisait des beautés auxquelles on rêvait de donner un petit coup de langue sur la nuque parce que, bien souvent, au Moyen Orient, c’était le maximum envisageable.


J’ai couru dans la rue remercier ce grand benêt de Noir aussi barge que talentueux et sentimental, mais il avait déjà disparu tel un farfadet.

Quincy Jones

 

 

 

 

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