WHAT ABOUT MONK

What about Monk

 

Par Steve Lacy

( extrait du livre : Jazz en suite , Editions :  Garde du temps)

 

THEOLONIOUS MONK

 

Mystérieusement retiré, après plus de trois décennies d’activité, Monk n’en avait pas moins été le projecteur (le phare) de la révolution be-bop. Sa maison et son piano furent un quartier général pour Bird, Diz, Bud, Klool et tous les autres, y compris quelques disciples tardifs comme Randy Weston, John Coltrane et moi-même. La musique de Monk évoque la ville de New York où elle est née et a grandi, les gens et les situations les plus divers qui s’y sont rencontrés. L’école Ellington, Harlem, Broadway, Lucky Millinder, Cootie Williams, Coleman Hawkins, d’innombrables musiciens, l’influence de Tatum, l’école Fats Waller, James P.Johnson… toutes les premières racines qui sont restées intactes et se sont développées avec chaque nouvelle expérience. Petites formations, grands orchestres, danseurs, chanteurs, spectacles, solos : autant d’informations pour un talent qui se forme.

Monk a toujours suivi sa propre voie et a toujours su ce qui se passait. Quelques caractéristiques : les mathématiques, la sensibilité acoustique, l’habileté de voir où la musique se trouve. Un swing parfait, puissance et concentration. Un sens incomparable de la « mise en place », un contrôle total du temps au sein de la section rythmique. Monk est à demeure à l’intérieur de la mesure. Il avait les moyens nécessaires pour sculpter l’espace, sachant utiliser certaines découvertes plastiques soigneusement mises à jour pendant de longues périodes de face à face avec le piano. Cette musique a été élaborée, a pris forme à travers certaines structures opératoires, de façon à avoir « de quoi jouer ». Ses compositions ont été délibérément conçus pour piéger les instrumentistes les plus chevronnés, afin qu’ils étendent leur capacité musicale et s’aventurent dans de nouveaux territoires. Quiconque a travaillé avec Monk a appris énormément et a amélioré son sens de la musique, son goût et son imaginaire.

 

C’est ce qui est arrivé à John Coltrane, en 1958-1959 à New York, lorsque je l’ai entendu au sein du quartette de Monk, au Five Spot. D’abord, de la maladresse, puis l’éveil, la quête, le doute, le courage, la persévérance, la pénétration de l’esprit, la révélation , la transcendance. Ce processus a couru sur six semaines ! Pour moi, ce fut inoubliable. En 1960, alors que je travaillais avec son quintette ( Charlie Rouse, John Ore, Roy Haynes), Monk m’a ouvert de nouveaux mondes, y compris sur des plans personnels, éthiques et politiques. Il m’a montré « ce qu’il ne fallait pas faire » et a laissé le reste à ma discrétion !

Des années plus tard, j’ai commencé à comprendre. La principale chose qu’il m’avait apprise était de « ne pas s’écarter de la question » - la question étant : élever la scène musicale.

 

Ci-dessous : Steve Lacy

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