JOHN COLTRANE

 

John COLTRANE

( 1926-1967)

 

 

 L'Ouverture vers Ailleurs ou

la Recherche de l'Universel

 


 

Fils spirituel de Charlie Parker, compagnon de route de Théolonious Monk et de Miles Davis, il a formé avec le pianiste Mac Coy Tyner, le bassiste Steve Davis et le batteur Elvin Jones,  le quartette le plus « révolutionnaire » des années soixante, un quartette dont la musique, était travaillée par « l’obsession du plein ».

Philly JOe Jones   Elvin Jones  Max Roach

 

John Coltrane, pourrait-on dire encore, a fait du Jazz un chant incantatoire, une fête mystique, voire ésotérique. Comme l’écrit de façon admirable Alain Gerber : « -Trane et les siens ne craignent point de pratiquer le ressassement, la réitération quasi-obsessionnelle qui excite la passion, attise les images, convoque les sortilèges de brousses baroques et torrides. Ils chevauchent des nuits barbares, ils fouillent dans les blessures vives, ils entrechoquent des cataclysmes sans nom, ils conjuguent les deux infinis du lyrisme et de la démence. Invoquant, comme en quelque messe très noire, une Beauté hargneuse qui ne veut être qu’excessive, ils font de la démesure la mesure de toute chose ».
D’un côté, il y a eu l’artiste, comparé à Duke Ellington, Louis Armstrong, Charlie Parker, celui dont Archie Shepp a dit qu’il « était son Beethoven ». De l’autre côté, l’homme engagé, animé par cette idée selon laquelle l’homme doit communiquer au-delà des frontières et des religions, qui a mené des batailles contre l’intolérance et les préjugés. Mais en ces actions point d’œcuménisme béat: seulement l’amour de la musique et à travers elle l’Amour avec un grand A.

 

 

John Williams Coltrane est né le 23 septembre 1926 à Hamlet, Caroline du Sud. Comme l’explique James Collier, « son grand père maternel, William Blair était un ‘preacher’ très respecté, très admiré dans la région, c’était une véritable figure charismatique. Son père était tailleur . La famille entière – les grands parents et leurs descendants- étaient des gens aisés d’après les critères de l’époque et de la région. Ils habitaient une maison à deux étages dans la partie ‘respectable’ du district habité par des gens de couleur, alors que beaucoup de Noirs de la région vivaient dans des cabanes de bois ou dans des baraques qui abritaient les petits métayers ».
A la fin des années trente, la famille de John Coltrane est marquée par le malheur. Meurent successivement son père, son grand père maternel et son oncle, le père de Mary confidente de John ( à laquelle il dédiera un remarquable « Cousin Mary ») et future épouse du tromboniste Charles Greenlee. Elevé par sa mère Mary, John se révèle un enfant timide, en proie au doute et à l’inquiétude, qui va bientôt trouver refuge dans la musique. En 1939, il commence à jouer de la clarinette et du saxo alto. Premier clarinettiste dans l’orchestre de William Penne High School, à High Point, la ville dans laquelle John et sa mère se sont installés, l’adolescent rêve dès cette époque de jouer dans le big band d’Ellington.

  Paul Gonzalves                  Johnny Hodges

 

Son idole est le saxophoniste alto Johnny Hodges, précisément l’un des sidemen indispensable de Duke, dont il apprend tous les solos par cœur.
En 1943, accompagné de sa mère, John Coltrane se rend à Philadelphie pour étudier la musique à la Ornstein School of music avec le professeur Mike Guerra. Il laissera de lui l’image d’un élève brillant, infatigable, particulièrement doué dans l’étude du saxophone. Pour payer ses cours, il travaille dans une raffinerie de sucre. Dès cette époque, le jeune saxophoniste noue des contacts avec des musiciens locaux, il accompagne la chanteuse Big Maybelle, puis entre dans le groupe de King Colax pour lequel il écrira « True Blues » en 1945.

 

Après de longs mois d’incertitude, la carrière de John Coltrane va prendre une tournure nouvelle : en novembre 1949, il entre dans l’orchestre de Gillespie. «  C’était l’époque folle de Dizzy, confiera-t-il plus tard, celle où il désirait trouver un nouveau public en jouant une sorte de rhythm and blues de sa façon, avec Joe Caroll. C’était très amusant, mais je ne sais pas si ce que nous faisions était toujours suffisamment apprécié ! ». Coltrane n’a effectivement pas tort d’émettre des réserves quant à la popularité du Big Band, puisque Gillespie devra le dissoudre à la fin de 1950. Cela étant, et même s’il n’a eu guère l’occasion de briller car c’était à Heath que revenait le rôle de premier soliste, Gillespie s’est vite rendu compte des qualités indéniables de Trane. Son interprétation de Round Midnight de Monk a en effet convaincu Dizzy qu’il se trouvait en face d’un excellent jazzman. Si bien que, lorsque ce dernier remontera un combo de six musiciens après l’expérience du Big Band, il fera appel à Healt, naturellement, mais aussi à John Coltrane ! Le combo de Dizzy Gillespie sera pour Coltrane l’occasion d’affiner son jeu au ténor et de prendre ses distances avec le discours parkérien.

                                                Dizzy Gillespie


De retour à Philadelphie, et conscient des nouvelles exigences que demande un tel instrument, John décide de reprendre ses cours de théorie. Sa formation musicale passera également par l’étude d’instrumentistes aussi différents que Dexter Gordon et Stan Getz, qui dominent alors le saxo ténor, et par celle de compositeurs classiques aussi considérables que Ravel, Debussy  et Bartok. En réalité, même si pour l’instant il n’a d’autre choix que de jouer dans des clubs de Jazz qu’il ne sent plus comme avant, Coltrane est à la recherche de sonorités nouvelles.

 Stan Getz


Membre de l’orchestre d’Earl Bostic en 1952, un jazzman qui maîtrise de façon magistrale la technique du saxo alto, puis sideman de sa première idole, Johnny HOdges, Coltrane travaille avec divers orchestres de rhythm and blues avant de gagner New York en 1955. Cette même année, il se marie avec Naima.

Le jazzman ne tardera pas à trouver du travail. Au printemps, en remplacement de Sonny Rollins, il entre dans le quintette de Miles Davis, qui comprend également Red Garland au piano, Paul Chambers à la contrebasse et Philly Joe Jones à la batterie et avec lequel il enregistre pour la première fois. Bien que les critiques n’apprécieront guère le jeu de Coltrane, les thèmes enregistrés témoignent d’une profonde maîtrise, les cinq musiciens parvenant à créer un sound tout à fait spectaculaire.

 

 Miles Davis

 

En attestant Al-Leu-Cha, Budo, Just Squeeze Me ou How Am I To Know. Les musiciens qui jouent aux côtés de Miles Davis, et en premier lieu John Coltrane qui va bientôt participer au superbe enregistrement de Sonny Rollins, Ténor Madness, apparaissent moins comme les héritiers de Charlie Parker. Dans son autobiographie ( presse de la Renaissance, 1989), le trompettiste se souvient des mois passés avec Coltrane : « Trane était le saxophoniste le plus puissant, le plus rapide que j’aie jamais vu. IL pouvait jouer très vite et très fort, ce qui est difficile… Lorsque la plupart des musiciens jouent fort, ils s’enferment ( … ) Trane y arrivait, il était phénoménal. Quand il portait son saxophone à la bouche, on aurait cru qu’il était possédé. IL était si passionné – si acharné – et si pourtant si tranquille, si gentil quand il ne jouait pas ». On a raconté beaucoup sur les relations entre Miles Davis et John Coltrane, notamment que le trompettiste aurait critiqué les longs solos de Coltrane. Ce qui est certain, c’est que, le quintette dissous, le saxophoniste s’engagera de plus en plus dans la voie de l’anticonformisme – même s’il aura l’occasion de jouer avec des ténors tels que Al Cohn, Zoot Sims, Bobby Jaspar, Hank Mobley, Johnny Griffin et Paul Quinichette et de se montrer un merveilleux interprète de ballades, comme en témoignent les enregistrements des compositions de Tadd Dameron, On a misty night, Soultrane et Mating call.

 

Theolonious Monk

 

1957 est l’année du réveil spirituel pour le saxophoniste. IL cesse définitivement de prendre des drogues dures et de consommer de l’alcool de façon abusive et, après un bref séjour à Philadelphie, il retourne à New York pour jouer avec Théolonious Monk. Ils ne tarderont pas à être considérés comme les figures dominantes d’un jazz modern. Pour Riverside les deux musiciens, avec Coleman Hawkins, Red Copeland, Wilbur Ware et Art blakey, enregistreront les ballades Ruby My Dear et Monks’Mood, dans lesquelles Coltrane se montrera un musicien des plus émouvants. 

 

 

                                    Art Blakey

 

Comme l’explique clairement Art Blakey, ces séances constituent l’un des épisodes les plus séduisants de l’histoire du Jazz : «  -J’étais le batteur pour l’album Monk’s Music pour Riverside (…) Coleman Hawkins et John Coltrane jouaient tous les deux du saxo ténor. Evidemment, Monk avait écrit tous les thèmes ; et Hawkins n’arrivait pas à les lire. Coltrane et lui demandèrent donc à Monk de leur expliquer la partition. Monk dit : -Tu es bien le grand Coleman Hawkins ? Tu es bien celui qui a inventé le saxo ténor ? Hawkins acquiesça. Monk se tourna alors vers Coltrane :     -Tu es bien le grand John Coltrane ? Trane confus, bredouilla : - pas si grand que ça…Puis Monk ajouta : -Vous jouez bien tous les deux du saxophone ? Ils acquiescèrent. Et Monk de conclure : « - Alors la musique est dans votre instrument. A vous deux , vous devez bien être capables de la trouver ! »

 

 

 

 

 

 

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