BIRD

Bird au Birdland

 

Bird

 

On passe à Mr Charlie « Bird » Parker.

Au fait, avez-vous vu le film de Clint Eastwood : « Bird ».

Avez-vous lu Bird de Ross Russel, ou Bird, la légende de Charlie Parker de Robert Reisner. Je vous les recommande.

Remarquez, il y a à en prendre et à en laisser, si vous me permettez l’expression.

Charlie « badaboudouzib »Parker… La folie !!! vraiment la folie.
Mais les disques bien enregistrés se comptent sur les doigts de la main. Cela ne fait rien : écoutez ce « monstre » de la musique moderne, de la Musique tout court.

 

And now, ladies and gentlemen, Mr Charlie « Bird » Parker.

 

 

 

Allez, on va faire quelque chose de génial : on va donner la parole aux musiciens qui vont parler de “Bird”. Comme cela, vous connaîtrez aussi des anecdotes sur ces autres grands musiciens.
Super non ?

Mais avant, je voudrais vous dire une dernière chose sur la sensibilité de ce genre d’artiste. Je vous avais parlé déjà de cela dans mon texte sur Bud Powell, sur le problème de la Création artistique : un artiste est-il un fonctionnaire, peut-il l’être ?

Peut-il tous les soirs, à heure fixe, prodiguer ses messages créatifs en mettant son esprit, son cœur complètement à nu ? C’est une question que je me suis toujours posée bien que ne me comparant en aucun cas, vous vous en doutez bien, à de tels génies.

Moi aussi je me suis posé la question lorsque je quittais un club de jazz ou un piano-bar, de savoir si j’étais tout à fait normal, et je me culpabilisais un maximum.

En lisant par hasard la superbe introduction de Robert Reisner, je vous livre ces lignes telles qu’elles me viennent, vous avez compris que dans ces rubriques-là, je ne tiens pas à faire une analyse purement technique de la situation.

Pendant que j’écris, l’extraordinaire, superbe,  et « peulhique » Angélique Müller doit triompher dans les rues d’un arrondissement de Paris, son ineffable silhouette se découpant dans la nuit et phagocytant le désir et même l’amour de tous les pauvres êtres de sexe masculin qui peuvent la contempler.

Je ne vous parlerai pas ici du légendaire Paulin Lipiault car ce serait hors sujet dans ces lignes.

 

 

Bird avec Charlie Ventura

 

[…]  Bird était l’incarnation même de la philosophie du « hipster ». Le « hipster » est une sorte de dadaïste des années quarante. Il est amoral, anarchiste, pacifique, raffiné jusqu’à la décadence. Il possède une véritable prescience des événements. Si par exemple il rencontre une fille qui lui plaît, il laissera tomber tout de suite parce qu’il aura déjà en tête le scénario complet de leur relation : rendez-vous, baisers volés, câlins, baise, et peut-être mariage, donc divorce. Alors, à quoi bon commencer ! Il dénonce l’hypocrisie de la bureaucratie, l’intolérance cachée des religions. Ses seules valeurs : éviter la souffrance, maîtriser ses émotions, rester cool et chercher le plaisir à tout prix. Il est à la recherche de quelque chose qui transcende la pourriture de ce monde et il le trouve dans le jazz. Ma devise à moi aussi – d’ailleurs, j’en avais fait mon slogan publicitaire-, c’est qu’il y a trois choses dans la vie : le sexe, la psychanalyse et le jazz cool. Sur le plan religieux, Parker se considérait comme un adorateur de la musique. De la société, il disait : «  la civilisation serait un sacré truc si seulement on l’essayait. » IL vivait pour le plaisir de ses plaisirs. Parker magnifiait la banalité de la vie par la puissance de son art.

  Dizzy et Bird

 

Sa mort fut très fortement ressentie dans les milieux underground. Des semaines après, je vis encore des graffiti un peu partout sur les palissades, qui disaient :

Bird vit ! Bird était considéré par les « hipsters » comme leur propriété privée. Ils refusaient pratiquement d’en parler. Ils gardaient leurs souvenirs et leurs anecdotes comme un trésor qu’ils chérissaient ; mais, de temps à autre, j’arrivais à leur arracher une ou deux phrases intéressantes.

L’un d’eux m’a dit : « Comme Keats ou Shelley, il est mort après avoir livré le meilleur de lui-même ». Et un autre : « En suivant une tradition très orientale, Charlie Parker s’est suicidé à la porte d’un monde qui le rejetait. » Lucky Thompson m’a déclaré : « Bird essayait de franchir  le mur du son de la musique », et quelqu’un a ajouté avec beaucoup d’amertume : « les gens le traitaient comme un clochard, alors il se conformait à cette image. »

Charlie Parker devint brusquement une grande idole de la beat generation avec Dylan Thomas et James Dean. Mais son influence dépassa de beaucoup les cercles des beatniks et des « hipsters ». Un article dans Stars and stripes, le journal des Forces américaines, relate le fait suivant : on trouva dans le paquetage d’un soldat communiste mort en Corée un disque de Charlie Parker intitulé Bird of Paradise.

Dans la pire des situations, il conservait sa bonne humeur. Un jour où il était sans le sou, il m’a dit : « vise un peu toute cette bouffe dans les magasins et tout le fric qu’on brasse ! Comment ne pas se sentir en sécurité. » Peu avant sa mort, il était debout à un coin de rue, plongé dans ses souvenirs et échafaudant des projets avec optimisme : « je vais recréer mon groupe avec Max Roach et Miles Davis, Duke Jordan et Tommy Potter. » Et lui dont la musique était si créative dit en rigolant : «Si je ne connais pas les morceaux, je peux les apprendre ».

Dans sa musique, les gens étaient frappés avant tout par la vélocité de son jeu. Quand on passe ses disques au ralenti, on se rend compte de la perfection du détail. Son autorité, la force de son attaque et sa puissance lyrique demeurent inégalées. Son plus grand regret, c’était que sa sonorité ne passait jamais totalement sur les disques. Quand un journaliste de Down Beat lui a demandé, en juin 1951, quel était son meilleur disque, il  lui a répondu avec tristesse : « je suis désolé, mais mon meilleur disque reste à faire … En revanche, si vous voulez que je vous dise quel est le plus mauvais, ce n’est pas difficile. Je dirai Lover Man, un truc horrible qui n’aurait jamais dû être publié. Je l’ai enregistré à la veille d’une dépression nerveuse. Non, finalement, je crois que c’est encore Be-Bop, enregistré à la même séance, ou The Gypsy : ils sont tout aussi épouvantables. »

A mon avis, ce jugement est beaucoup trop sévère. Ses très belles lignes mélodiques, ses rythmes subtils, sa sonorité légère, presque sans vibrato, sont remarquables. Son découpage, ses ornementations baroques et son phrasé sont époustouflants. André Hodeir commente avec beaucoup de pénétration le style de Parker dans son livre intitulé : Hommes et problèmes du jazz. Je le cite ici : «  La rythmique de Charlie Parker se fonde sur la décomposition du temps. On serait tenté d’écrire que c’est une rythmique du demi-temps. Chez nul autre soliste, la valeur brève (croche dans les tempos rapides, double croche en tempo lent) ne prend autant d’importance […]. A l’accentuation régulière d’un Hawkins[…], le Bird substitue une accentuation s’exerçant alternativement sur le temps et à l’intérieur du temps. C’est de cette alternance, de ces oppositions continuelles que provient l’étonnante richesse rythmique de sa musique. »

Bird et Red Rodney

 

Bird parlait rarement de sa musique. Ses harmonies futuristes et ses progressions harmoniques étaient à la fois évidentes et implicites. On cite toujours sa fameuse formule : « La musique, c’est votre expérience, vos pensées et votre sagesse. Si vous ne l’avez pas dans vos tripes, ça ne sortira pas de votre saxo. On dit qu’il y a une limite à la musique. Pour moi, il n’y a pas de limite à l’art. »( Bird, la légende de Charlie Parkerde Robert Reisner aux editions Belfond-1962)

   

 

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site