ART PEPPER ET SONNY STITT

 

Art Pepper et Sonny Stitt

 

Extrait du livre « Straight life » ( Laurie et Art Pepper) aux Editions Parenthèses:

 

Art Pepper

 

« J’ai reçu un don. Un don qui a plusieurs aspects. Le don de pouvoir supporter les choses, d’en accepter certaines, d’accepter d’être puni pour ce que la société trouve mal. Le don de pouvoir aller en prison. Je n’ai jamais donné quiconque. Quant à la musique, tout ce que j’ai fait, je l’ai fait « comme ça ». Je n’ai jamais étudié, jamais travaillé. Je suis de l’espèce de ceux qui savent qu’ils peuvent le faire. Je n’avais qu’à tendre la main.
Une fois, je jouais au Blackhawk, à San Francisco. J’ai oublié quand exactement, mais Sonny Stitt tournait avec le Jazz At The Philharmonic. Il est arrivé : il voulait jammer avec moi. « -Je peux jouer ? – Bien sûr, formidable. » Nous jouions de l’alto tous les deux, ce qui… Ce qui en faisait une compétition. Mais Sonny, c’est son truc à lui, il aime ça. C’est devenu une communion ; une bataille ; pour se faire plaisir. Et c’est ça qui était formidable. Comme deux champions de billard qui veulent jouer ensemble, ou deux grandes équipes de football ou de basket-ball, et juste pour le plaisir de jouer avec un grand, d’être avec lui…

« Que veux-tu jouer ? – Cherokee. » C’est un thème que les jazzmen aiment bien jouer. Il y a toutes sortes de changements d’accords dans le pont. C’est très difficile. « Bon, vas-y. – Un-deux, Un-deux. » Il volait. Nous avons joué le début, la mélodie, puis il a pris le premier solo. Il a dû faire… je ne sais pas, peut être quarante chorus. Il a dû jouer pendant près d’une heure, en faisant tout ce qu’on peut faire sur un saxophone. Tout. Autant que Charlie Parker s’il avait été là. Puis il s’est arrêté et m’a regardé. Avec l’air de me dire : « Allez, imbécile, à toi. » C’était mon engagement, mon concert.  J’avais eu une scène avec ma femme, Diane, qui avait menacé de se tuer dans notre chambre d’hôtel à deux pas de là. […]

Et puis, tout à coup, j’ai réalisé qu’il s’agissait de moi. Sonny avait fait tout ça et, maintenant il me fallait y aller, ou la fermer et me lever, ou laisser tomber, abandonner, ou me tuer. J’ai tout chassé de ma tête, et c’est sorti. J’ai joué de manière éblouissante. Complètement différemment de ce qu’il avait fait. J’ai bien cherché puis trouvé ma propre voie, et ce que je disais touchait les gens. C’est moi-même que je mettais en musique, et je savais bien le faire, et les gens m’aimaient, étaient touchés. J’ai joué, joué.  A la fin, je tremblais. Mon cœur battait à tout rompre. J’étais en nage, les gens hurlaient, applaudissaient. J’ai regardé Sonny, et j’ai juste fait un signe de tête. Il m’a fait : « Tu y es. » Et ça y était. C’était bien de cela qu’il s’agissait.

 

Sonny Stitt

  

 

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