SUITE DE L'INTRODUCTION : LA REVELATION

LA REVELATION

 

         Lorsqu’ un peu plus tard, dans mon adolescence, je me suis mis à découvrir des poètes comme Alfred de Vigny, Charles Baudelaire, Arthur Rimbaud… mon esprit et mon âme se sont senties révélées … Oui la REVELATION !

 

         Il n’y avait pas, à l’époque, toute cette littérature sur le Jazz, mais les gens de ce quintet magique et les gens dont j’apprenais les poèmes et les textes au lycée me semblaient indissociables les uns des autres. Ils n’étaient pas du même siècle, ni du même continent, ils n’avaient pas la même couleur de peau ; mais j’ai tout de suite établi une RELATION DIRECTE ENTRE EUX.

 

         Pourtant au lycée, je pouvais facilement parler de Baudelaire avec mes copains de classe, mais pas du tout de Bud Powell ou de Bird ou des « coups de boutoirs » acérés de Diz.

 

 

                                            Dizzy Gillespie

 

         Mes copains, au départ, n’avaient jamais entendu parlé de cette musique… ( certains d’entre eux s’y sont mis plus tard), et en seconde j’avais 14 ans.

Donc, disons que de 11 ans à 15 ans, ces musiciens ont été mes seuls compagnons, je veux dire que j’étais seul à vivre avec eux par musique interposée.


         C’est là qu’a commencé le « décalage » ( en fait, le second décalage, car le premier, toujours au sujet du jazz, est encore plus personnel et je vous en parlerai plus tard… )

 

Cela va vous paraître bizarre, mais, ayant perdu ma mère lorsque j’avais 9 ans, je pense (en fait j’en suis sûr), ce ces musiciens ont pris, tout simplement, le « relais maternel ».

Cela semble énorme, ce que je dis, mais c’est la vérité :

         Art TATUM, Bud POWELL, Charlie PARKER, Dizzy GILLESPIE, Duke ELLINGTON, Lester YOUNG, Clifford BROWN, (pas d’ordre chronologique là non plus), m’ont littéralement nourri !!!

 

 

 

            Charlie Parker                                       Bud Powell

       

 

                                         Lester Young

 

Alors, permettez-moi de vous dire que je sais de quoi je parle, n’êtes-vous pas d’accord ?

 

         Bien sûr, il y a eu le « Duc » DUKE ELLINGTON…

Mais ceci est une autre histoire .

 

 

 

         Je voulais encore vous dire une chose très importante : pour les musiciens de Jazz américains, il n’y a pas de différence de « valeurs » selon l’ordre d’apparition de ces musiciens  dans la scène artistique ou le fait qu’ils soient plus modernes ou plus anciens.

 

         C’est une querelle absurde…

         Cela fait partie de l’Histoire de leur culture tout simplement…

 

         Pourquoi, chez nous, étudions-nous Mozart, Bach… et passons à Stravinski ou Ravel sans dire que les premiers sont « ringards » ? Avez-vous entendu dire par un musicien de musique classique ou un musicien tout court que Mozart ou Bach sont ringards ? Bien au contraire, en Europe, on se gausse de bien connaître la Musique de ces artistes,  mais quand on interroge nombre de musiciens dits de Jazz, si on leur parle de

Lester Young, ils crient tout de suite comme s’il s’agissait d’un brontosaure antédiluvien ( je parle de Lester) : « Ici est Jaaaaaaaazzzzzzz (vous avez remarquer le nombre de A et de Z, je le prononce à la Dizz) ce qui commence à Coltrane ».

Le reste serait du swing à la « mords-moi le nœud » Et bien sachez-le, c’est un ABOMINABLE contresens !

 

C’est ce qui m’a poussé au départ à jouer en Piano solo ( tant mieux pour moi au bout du compte), car je ne pouvais plus supporter les réflexions de certains des musiciens quant au choix des morceaux joués par exemple.

 

Mais pour le peuple Noir Américain, ( excusez si je fais du racisme à l’envers, il y a aussi des musiciens Blancs qui ont marqué l’histoire du Jazz, mais beaucoup moins, il faut le reconnaître), alors, disons le peuple AFRO-AMERICAIN, cela fait partie d’un tout, tout ceci fait partie de leur Culture. Comme nous étudions Mozart, Bach, Beethoven, Stravinski et des compositeurs plus récents ou même ceux de la Renaissance voir même du moyen Age, eux comment à Jerry Roll Morton et King Oliver , pour finir par Coltrane, Shepp, Sanders, Cecil Taylor, Herbie Hancock, Jon Faddis etc… Mais en fait, ce n’est pas un fin…c’est un continuum… car cette musique doit encore évoluer, même si elle emploiera des formes rythmiques, mélodiques et harmoniques encore plus diversifiées.

Pourquoi ne continueriez vous pas plus tard cette filiation et cette histoire en devenant un artiste actif et vivant ?

 

 

Pour la filiation, par exemple, pour la trompette : si vous enlevez King OLIVER, vous n’avez pas Louis Armstrong, donc pas de Roy Eldridge,  donc pas de Dizzy Gillespie, ni de Miles Davis, donc pas de Clifford Brown, pas de Jon Faddis ( extraordinaire Jon Faddis) et par la même, pas de Winton Marsalis, ainsi de suite à l’infini… comprenez-vous ?

 

 

Quintet Clifford Brown

 

Il est important que vous compreniez cela et surtout, que vous le ressentiez au plus profond de vous-même.

 

Mais revenons à notre Révolution des années 40 et au disque pré-cité… Je vous supplie de l’écouter !!

 

J’aurais pu commencer par le début de l’Histoire (Nouvelle Orléans, Chicago, Kansas City ), mais peu importe l’ordre dans ce chapitre. Je me laisse emporter par ma passion tout simplement.

Ce n’est pas  une chose facile que d’écrire, surtout si l’on est concerné au premier degré.

 

Bref, quelques noms jetés en vrac.

 

PIANO…

 

LA TRILOGIE MAGIQUE ( pour moi)

 

ART TATUM - BUD POWELL - MAC COY TYNER

 

 

 

         Mais c’est une filiation.

         Dans les espaces de ces trois noms, il y a un nombre important de pianistes à l’énorme talent, bien évidemment.

 

         C’est fou ce qu’il y a d’excellents pianistes. Impressionnant !

Et cela, partout dans le monde. C’est même ennuyeux pour moi, car voyez-vous, il se trouve que je suis pianiste.

 

         Nous disions : si je prends ( pour le moment ) à partir de Art Tatum, il y a évidemment d’autres pianistes très importants avant !

 

Tiens parlons d’Earl « Father » Hines, car il a libéré la main droite par rapport à la main gauche.   


Tout cela pour imiter les soli d’Armstrong, et avoir une impétuosité mélodique à la hauteur des instruments à vents avec qui il jouait.

(vous voyez qu’on fait quand même un peu d’histoire de la musique !)

 

Bon disons que nous avons :

Earl Hines, Art Tatum, Theolonius Monk,

Bud Powell,Barry Harris,Winton Kelly

Phineas Newborn, Junior,Boby Timmons,

Dodo Mamarosa,Junior Mance,Hank Johns

Teddy Wilson*,Kenny Barron,Kenny Drew

John Lewis,Horace Parlan,Horace Silver,

Mel Powell,Lalo Schiffrin*,Maurice Vander,

Lonnie Liston Smith  ( nous en reparlerons )

Martial Solal,Ritchie Powell*,Red Bryant

Tommy Flanagan,Al Haig, Hampton Hawes

Le fantastique Jimmy Jones, Lou Lévy

Ramsey Lewis,Dave Mac Kenna

Lenny Tristano ( nous en reparlerons )

Le subtil Amad Jamal

Et évidemment les 2 plus connus du public Errol Garner et Oscar Peterson

Et Bill Evans alors, bien sûr Bill Evans ( nous en reparlerons )

Alors Wild Bill Davis

Milt Buckner, et l’incroyable Jimmy Smith*

Tete Montoliu,Walter Bishop,Red Garland

J’en passe, beaucoup, et non des moindres, excusez mes trous de mémoire…

 

(*) Teddy Wilson :Les historiens le font figurer dans l’aire swing mais c’est trop restrictif pour ce genre d’artiste)

(*) Lalo Schiffrin responsable de nombreuses musiques de films et feuilletons télé )

(*) Richie Powell :  frère de Bud

(*) Jimmy Smith a pris des cours de Piano avec Bud Powell

 

Tout cela est jeté en vrac, nous y reviendrons pour certains d’entre eux plus connus que d’autres,mais je vous assure qu’ils sont tous merveilleux.

 

Nous parlerons plus tard des mouvements post-Bop, nous étudierons le cas « Sun Ra ».



Pour la batterie, retenons 3 noms pour le moment :

KENNY CLARKE – MAX ROACH – ART BLAKEY

 

 

                                  Max Roach

 

 

 

                                    Kenny Clarke

 

                                     Art Blakey

 

 

 

 

Pour Art Tatum : voilà ce que dit James LINCOLN COLIER dans “ L’AVENTURE DU JAZZ », Editions Albin Michel ( tome 2 ) :

- «  De count Basie à Mac Coy Tyner, tous qualifient Art Tatum de 8ème Merveille du Monde .

Hazel Scott, une excellente chanteuse et pianiste, a raconté l’anecdote suivante : « une nuit Artie Shaw, Vladimir Horowitz et moi allâmes au Café Society Downtown où travaillait Art tatum. Horowitz fut bouleversé. Après avoir entendu Tatum se lancer dans une folle improvisation sur le thème de « Tiger Rag », le grand pianiste classique répétait : ‘ce n’est pas vrai ! Je ne peux pas en croire ni mes yeux ni mes oreilles ! » Deux jours plus tard, Horowitz emmena le grand chef d’orchestre Toscanini ( qui était, d’ailleurs, son beau père) écouter Art Tatum et Toscanini fur lui aussi bouleversé. C’est le véritable, l’incroyable feu d’artifice, la pyrotechnie de Tatum qui avaient bouleversé Horowitz et Toscanini. On n’écoute pas Tatum comme on écouterait « Fats « Waller dont la musique vous entraîne d’un mouvement

irrésistible. En écoutant Tatum, on se trouve plutôt dans la situation du spectateur qui assisterait aux plus étonnantes pyrotechnies de la Fête nationale, un spectateur que le spectacle

laisserait ému, ravi, surpris, stupéfait. Tatum ne vous laisse pas un instant de répit. Sans cesse une nouvelle merveille scintillante, fulgurante, éclate sous ses doigts, bientôt remplacée par un nouveau « tour de passe-passe ».

C’est à dessein et « sans aucune nuance péjorative » que j’emplie le mot « tour de passe-passe », car même s’il n’était que cela, Tatum pourrait passer pour un des plus puissants magiciens du monde ».

 

 

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